Qu’est ce qui t’a motivé à te spécialiser dans l’accessibilité numérique ? – GAAD 2024

Dans le cadre de la journée mondiale de sensibilisation à l’accessibilité de 2024 (Global Accessibility Awareness Day), des membres de l’équipe d’Ideance ont répondu à une question sur l’accessibilité numérique et le métier de consultant et consultante en accessibilité. Retrouvez l’ensemble des podcasts sur le billet de blog dédié.

Découvrez la question/réponse de Charles au format audio, suivie de sa transcription textuelle.

Podcast

Transcription textuelle

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis Charles Jardin, consultant expert en accessibilité numérique au sein de la société Ideance et cela fait plus de 7 ans que j’exerce dans ce fascinant domaine.

Voici une question essentielle dans notre secteur d’activité : qu’est ce qui t’a motivé à te spécialiser dans l’accessibilité numérique ?

C’est une chance d’exercer son métier avec passion, encore faut-il trouver la motivation qui nous anime et nous fait vibrer.

Il y a la motivation initiale, celle qui nous pousse à emprunter le chemin de l’accessibilité numérique, et puis il y a la motivation au long-cours, celle qui nous pousse à donner le meilleur de soi, en toutes circonstances, malgré les difficultés qu’on peut rencontrer.

Alors si je me suis spécialisé dans l’accessibilité numérique, quel est mon parcours au départ ?

J’ai commencé par travailler dans le milieu de l’édition scientifique. J’y ai acquis une certaine rigueur et un amour du travail bien fait. Mais, il me manquait quelque chose à cette époque. J’évoluais en vase clos, je ne me sentais pas forcément utile, au sens large du terme.

C’est en cherchant à parfaire mon expertise technique, notamment sur des logiciels de PAO (Publication Assistée par Ordinateur) comme Adobe InDesign, que je découvre certains aspects pratiques de l’accessibilité.

J’étais à l’époque déjà sensibilisé au handicap, que ce soit par le biais de mes connexions ou parce que le sujet m’intéressait sur le plan humain, tout simplement.

Néanmoins, le croisement entre la technique appliquée et la réalité de la situation en France m’a bousculé. Je me souviens de la sensation d’avoir envie de faire quelque chose de concret. J’ai commencé par rendre accessible ce que j’écrivais dans le cadre de mon travail, mais ça ne suffisait pas. Il y avait bien plus encore à faire.

Cette quête visant à être utile au plus grand nombre, dans le cadre de ce qu’on sait faire : elle est là ma première motivation.

Une fois qu’on commence à travailler dans le secteur de l’accessibilité numérique, il est difficile de s’arrêter. Quittant l’édition donc pour le conseil, l’accompagnement et la formation, spécialisé dans l’accessibilité numérique des documents PDF, j’ai beaucoup appris. Sur mon métier, sur ma technique, sur moi : chaque projet, chaque intervention, chaque déplacement sont autant d’occasions de me remettre en question et de progresser. Je comprend alors rapidement que ce que je pense maitriser est toujours perfectible.

Le mieux est l’ennemi du bien, certes, mais il est nécessaire d’interroger ses connaissances et ses compétences pour les parfaire. Un peu comme douterait un scientifique, cherchant à peaufiner son approche d’un sujet.

Au final, si ma motivation originelle est l’intime conviction d’être, à mon humble niveau bien sûr, utile à la société dans laquelle je vis, il y a également la motivation du quotidien : il s’agit des rencontres.

Accompagner des institutions publiques, des entreprises privées ou des associations, c’est la garantie de rencontrer des profils très variés. C’est autant de tranches de vies au sein desquelles je passe, le temps d’un email, d’une visio, d’une rencontre, parfois pour une ou deux journées de formation. C’est une chance inouïe, j’en ai conscience.

Ces échanges versatiles sont souvent vecteurs de moments agréables et précieux. En se spécialisant dans l’accessibilité numérique, on évolue dans un domaine vaste qui touche de façon transversale de nombreux sujets : en bref, on n’a pas finit de s’émerveiller.

Et de s’agacer.

Parce que l’accessibilité numérique, malgré tous ces aspects positifs, est un domaine qui peut s’avérer difficile. Le quotidien challengeant peut très bien se muer en une succession de problématiques.

Parler de motivation, c’est aussi exprimer les sources de démotivation. C’est important de le dire.

Malgré tous mes efforts, j’ai bien conscience que le sujet de l’accessibilité numérique, et plus généralement du handicap, ne sont pas toujours bien compris. Cette incompréhension est parfois liée à un manque de temps, de moyen ou de curiosité. Parfois, c’est une volonté. Une volonté de statu quo, voire de rejet de la thématique.

Avec le temps, je vois bien que j’ai de moins en moins de patience avec certains discours, certains propos. J’entends bien trop souvent la segmentation « nous » versus « eux », vision particulièrement effarante et déshumanisante.

Il y a aussi les trop nombreuses interventions validistes décomplexées qui affectent durablement le moral.

Appuyons-nous sur une date au hasard pour prendre un peu de recul : par exemple, le 11 février 2005. Bon d’accord, je note que cette date coïncide avec la Loi pour l’égalité des droits et des chances qui introduit notamment pour la première fois une définition du handicap dans le code de l’action sociale et des familles.

Néanmoins, depuis cette date, soit près de 20 ans, l’accessibilité numérique continue de se heurter aux logiques libérales du marché du travail et peine donc à promouvoir et à implanter sa vision du monde. Dès qu’il s’agit de changer des pratiques, d’innover, de se former, d’adapter les processus de production, la frilosité est aux premières loges. Elle est parfois accompagnée par son lot de questions abjectes.

Florilège.

Quel est le gain pour nous ? Combien de personnes sont concernées ? Est-ce obligatoire ou on peut ignorer ce sujet ? Ces gens-là travaillent pour de vrai ? Devons-nous vraiment dégrader nos productions pour eux ? Est-ce vraiment utile ? Que risquons-nous si nous ne faisons rien ? Nous n’allons pas prioriser ce sujet, ok pour vous ?

Bref.

Je m’en rends compte aujourd’hui, ces questions et ces remarques ne sont pas juste énervantes. Ces propos agissent comme une charge qui nous pèse et nous démotive.

Évoquer les bons côtés du métier, c’est nécessairement mettre en lumière ce qui ne va pas non plus. Et il y a beaucoup de choses qui ne vont pas. En parler ouvertement, même en quelques mots, c’est déjà un début.

Alors, loin de m’apitoyer sur ces difficultés, entre deux agacements, je puise dans cette démotivation une force de motivation nouvelle. Je ne vais pas dire que c’est une bonne chose en soi, mais l’idée de parvenir à rebondir dans ce contexte est assez satisfaisant.

Cette colère, passés quelques états d’âmes, peut devenir un carburant pour pousser à la prise de conscience durant nos formations, pour orienter les choix au fil de nos accompagnements, pour aider les volontaires avec nos conseils et finalement, pour essayer changer les choses, humblement encore une fois, à notre niveau.

La voilà donc en fait ma motivation : agir pour une cause qui compte beaucoup pour moi, que ce soit sous un soleil radieux ou contre vents et marées.

Se sentir utile, et tout faire pour le rester.

Donner chaque jour un petit peu plus de sens à mon quotidien professionnel.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive au quotidien dans votre travail ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Les champs obligatoires sont indiqués par *.