Idées reçues à propos de l’accessibilité numérique

L’accessibilité numérique ne concerne qu’une minorité de personnes

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) estime que plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec une forme de handicap significative.

Soit environ 15 % de la population mondiale (1 personne sur 6).

Parmi les personnes ayant des droits et des besoins en termes d’accessibilité numérique, on peut entre autres citer :

  • Celles avec un handicap auditif. Comme les personnes sourdes ou malentendantes.
  • Celles avec un ou plusieurs handicaps cognitifs. Comme les personnes dyslexiques, dysorthographiques, dyspraxiques ou encore avec troubles de l’attention.
  • Celles avec un handicap intellectuel. Comme les personnes trisomiques ou encore atteintes du syndrome de l’X fragile.
  • Celles avec un handicap moteur. Comme les personnes infirmes motrices cérébrales, tétraplégiques ou encore atteintes de la maladie de Parkinson.
  • Celles avec un handicap visuel. Comme les personnes aveugles, daltoniennes ou encore malvoyantes.

Aussi, les personnes âgées, qui ne sont évidemment pas considérées comme des personnes handicapées et qui ne rentrent donc pas dans cette estimation de l’OMS, peuvent aussi avoir certains besoins en termes d’accessibilité numérique. Notamment liés à la baisse de la vision, la perte auditive ou encore la diminution de la motricité.

Enfin, l’accessibilité numérique peut également concerner les personnes ayant des limitations temporaires et/ou contextuelles. Comme les personnes temporairement blessées.

Quelques ressources

L’accessibilité numérique bride la créativité et dégrade l’expérience des personnes sans handicap

L’accessibilité numérique est parfois ressentie comme une contrainte fonctionnelle et esthétique.

Pourtant, en réalité, l’accessibilité numérique n’est aucunement synonyme de design archaïque, austère, minimaliste, sans inspiration…

Dans les faits, dans le cadre d’un projet numérique qui se veut attrayant et dynamique :

  • Toutes les couleurs et leurs nuances sont utilisables dans les conceptions graphiques.
  • Tous les types de contenus sont compatibles avec l’accessibilité numérique. Comme les textes, les liens, les images mais aussi les animations, les vidéos, les podcasts ou encore les tableaux de données.
  • Tous les types de fonctionnalités sont compatibles avec l’accessibilité numérique. Comme les formulaires mais aussi les cartes interactives et tous types de composants d’interface riche (accordéon, boîte de dialogue, menu déroulant, etc.).

Pour favoriser l’accessibilité de tous ces éléments aux personnes handicapées, il s’agit simplement de respecter un certain nombre de règles et de bonnes pratiques lors de leur conception, leur développement et/ou leur publication.

Plus concrètement, toujours dans le cadre d’un projet numérique, par exemple :

  • Une règle d’accessibilité numérique consiste à assurer des contrastes de couleurs suffisants pour les éléments informatifs et interactifs. Ce qui est particulièrement important pour les personnes malvoyantes. Mais cela n’empêche absolument pas l’utilisation d’autres couleurs moins contrastées (pastels, par exemple) pour les éléments seulement décoratifs de l’interface, non porteurs d’informations.
  • Il est tout à fait possible d’intégrer des animations dans les interfaces. Si ces animations sont lancées automatiquement, l’accessibilité numérique demande simplement de permettre de les mettre en pause puis de les relancer.
  • Il est tout à fait possible de publier des vidéos et tous types de contenus audios. Pour favoriser leur accessibilité en particulier aux personnes déficientes auditives et aux personnes déficientes visuelles, il s’agit de les sous-titrer, de les audiodécrire puis de les accompagner de leur transcription textuelle.
  • Il est tout à fait possible de proposer tous types de système d’interaction riche dans les interfaces. Du formulaire basique au plus complexe système de glisser-déposer, par exemple. Pour favoriser leur accessibilité en particulier aux personnes déficientes motrices et aux personnes déficientes visuelles, il s’agit de garantir leur fonctionnement avec les différentes technologies d’assistance (dispositifs de pointage, lecteurs d’écran, reconnaissance vocale, etc.).

Pour en revenir au sujet de la créativité et de l’expérience d’utilisation, certaines personnes expertes UX/UI considèrent même que la prise en compte de l’accessibilité numérique stimule leur créativité et améliore l’expérience d’utilisation pour tout le monde.

Via des réflexions autour de la conception d’interfaces plus cohérentes, plus intuitives, plus robustes, plus universelles ; et donc plus efficaces. Pour toutes et tous, avec ou sans handicap.

Notons enfin que de manière générale, le design est une considération purement subjective : ce qui semble joli et simple d’utilisation pour une personne ne le sera pas forcément pour une autre. 😉

L’accessibilité numérique consiste seulement à proposer des contrastes suffisants et à décrire les images

Lorsque l’on s’intéresse à l’accessibilité numérique, en premier lieu, on peut avoir tendance à se focaliser (voire à s’arrêter) uniquement sur le sujet des contrastes de couleurs et de la description des images.

Certes, ces 2 sujets sont effectivement fondamentaux pour favoriser l’accessibilité numérique aux personnes handicapées. Notamment aux personnes déficientes visuelles.

Toutefois, ces 2 exigences ne représentent qu’une petite partie de l’ensemble des autres règles et bonnes pratiques à suivre pour respecter les 4 principes fondamentaux (perceptible, utilisable, compréhensible et robuste) de l’accessibilité numérique.

Parmi ces autres règles et bonnes pratiques à suivre, on peut entre autres citer le fait de :

  • Garantir le fonctionnement des interfaces avec tous les types de dispositifs de pointage (souris, clavier, reconnaissance vocale, etc.).
  • Développer les fonctionnalités et publier les contenus de manière sémantique : liens vs. boutons d’action, titres de section, listes à puces et listes numérotées, citations, etc.
  • Concevoir et développer des formulaires accessibles : étiquetage des champs, aides à la saisie, messages d’erreur explicites, etc.
  • Concevoir les interfaces de manière responsive en conservant tous leurs contenus et leurs fonctionnalités.
  • Garantir la lisibilité des contenus et l’utilisation des fonctionnalités même lorsque la taille des textes ou leurs propriétés d’espacement sont personnalisées.
  • Assurer la compréhension de l’information même en l’absence de couleurs.
  • Proposer des intitulés de liens explicites.
  • Sous-titrer les vidéos.
  • Ne pas justifier les textes.

Ces règles et bonnes pratiques d’accessibilité numérique ainsi que toutes les autres sont définies dans les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines).

C’est donc le respect de toutes ces règles et bonnes pratiques qui permet réellement de favoriser l’accessibilité numérique au plus grand nombre de personnes avec handicap auditif, cognitif, intellectuel, moteur ou encore visuel.

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L’accessibilité numérique n’est pas de mon ressort

Dans le cadre de projets numériques, on entend assez souvent des personnes supposer que la prise en compte de l’accessibilité n’est pas de leur ressort, qu’elles n’ont aucun rôle à jouer à ce sujet, que c’est uniquement aux équipes techniques de s’en occuper.

En réalité, la prise en compte de l’accessibilité dans les projets numériques ne peut et ne doit pas être portée par une seule et unique équipe. Et encore moins par une seule et unique personne.

Car toutes les personnes qui interviennent sur des projets numériques ont des responsabilités et un rôle à jouer.

Voici quelques exemples concrets :

  • Les personnes responsables des achats doivent indiquer les exigences d’accessibilité dans leurs appels d’offres puis être vigilantes dans la sélection des prestataires de service.
  • Les personnes en charge de la gestion des projets (comme les Product Owner et les Scrum Master) doivent intégrer les exigences d’accessibilité dans leurs spécifications fonctionnelles et techniques puis garantir que l’accessibilité n’est jamais reléguée au second plan.
  • Les UX / UI designers doivent respecter des règles et des bonnes pratiques d’accessibilité dans leurs conceptions fonctionnelles et graphiques. À ce sujet, se référer par exemple à ces ressources d’accessibilité numérique pour UX et UI designers.
  • Les personnes en charge des aspects techniques doivent respecter des règles et des bonnes pratiques d’accessibilité dans leurs développements.
  • Les personnes amenées à rédiger et/ou à publier des contenus numériques (tels que des articles, des communiqués ou encore des PDF) doivent respecter des règles et des bonnes pratiques éditoriales d’accessibilité.
  • Les personnes en charge de la communication sur les réseaux sociaux doivent respecter des règles et des bonnes pratiques d’accessibilité lors de la rédaction et la publication de leurs posts. À ce sujet, se référer par exemple à ces clés pour créer du contenu accessible sur les réseaux sociaux.

En résumé, chaque maillon de la chaîne de production numérique a un rôle à jouer !

Aussi et enfin, au-delà des personnes qui interviennent dans la réalisation de projets numériques, tout le monde est susceptible de contribuer à favoriser l’accessibilité numérique aux personnes handicapées.

En effet, à partir du moment où l’on publie du contenu numérique, quel qu’il soit (des avis, des commentaires, des emails, des publications sur les réseaux sociaux, etc.), il convient d’être vigilant et vigilante à le contribuer de la manière la plus accessible possible.

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La prise en compte de l’accessibilité numérique ça coûte cher

La prise en compte de l’accessibilité dans un projet numérique demeure fréquemment considérée comme un facteur de surcoût important.

Effectivement, l’accessibilité numérique peut engendrer une charge financière conséquente.

Mais essentiellement lorsqu’elle est traitée comme une variable d’ajustement en fin de projet.

À l’instar de l’accessibilité des bâtiments, intégrer l’accessibilité en fin de projet numérique peut s’avérer tout autant complexe et coûteux que d’installer un ascenseur dans un immeuble après construction, plutôt que de l’avoir prévu dès la fondation.

En effet, lorsque l’accessibilité numérique est anticipée dès le cadrage du projet puis prise en compte de manière continue (en phases de conception, de développement, de maintenance, etc.) alors son impact budgétaire devient nettement plus léger.

Évitant ainsi l’accumulation d’une dette technique.

À ce sujet, nous vous invitons à consulter la déconstruction de l’idée reçue « La prise en compte de l’accessibilité numérique se gère en fin de projet ».

Aussi, le coût de l’accessibilité numérique est proportionnel à la maturité des équipes projets : plus leur niveau d’expertise (qui peut monter efficacement en suivant des formations) et d’expérience sur le sujet est élevé, plus l’impact budgétaire peut être maîtrisé.

En effet, plus l’accessibilité devient un automatisme, plus son coût de mise en œuvre tend à se réduire. Au profit d’un standard natif.

Notons enfin que la plupart des règles et bonnes pratiques d’accessibilité numérique sont généralement appliquées facilement par défaut dans les projets, sans s’en rendre compte, car relevant du bon sens. N’entraînant par conséquent aucun surcoût particulier.

Pour illustrer cela, parmi les règles et bonnes pratiques fréquemment respectées naturellement dans la réalisation d’un site web, on peut entre autres citer le fait de :

  • Proposer plusieurs moyens de navigation comme un menu principal, un plan du site, un moteur de recherche ou encore un fil d’Ariane.
  • Assurer la cohérence visuelle de la navigation.
  • Ne pas justifier les textes.
  • Renseigner la langue principale des pages.
  • Structurer les contenus avec des titres de section, des paragraphes, des listes, des citations, etc.
  • Rédiger des intitulés de liens explicites.
  • Garantir la visibilité de la prise de focus au clavier.

La prise en compte de l’accessibilité numérique se gère en fin de projet

Dans le cadre de la réalisation d’un projet numérique, l’accessibilité est malheureusement encore souvent reléguée au second plan.

En effet, assez fréquemment, les équipes projets ont tendance à aborder l’accessibilité numérique seulement par une vérification à la toute fin du projet, via un audit final de conformité.

Cette prise en compte trop tardive du sujet, qui engendre généralement d’importantes phases correctives à posteriori et donc de la frustration pour les équipes, a une forte tendance à impacter lourdement l’efficacité et le budget des projets.

À ce sujet, nous vous invitons à consulter la déconstruction de l’idée reçue « La prise en compte de l’accessibilité numérique ça coûte cher ».

Afin que la prise en compte de l’accessibilité numérique soit la plus transparente et la plus efficace possible, il est crucial qu’elle soit anticipée et appliquée à toutes les phases des projets.

Ci-après, quelques exemples concrets pour illustrer cela.

Il est bien plus efficace de proposer des contrastes de couleurs suffisants directement en phase de conception des maquettes graphiques plutôt que de les optimiser après-coup, une fois les développements terminés. (Ce qui peut d’ailleurs potentiellement dégrader la cohérence visuelle.)

Mieux vaut produire du code sémantique par défaut plutôt que de le corriger après-coup, une fois les développements terminés.

Avant d’adopter des composants sur étagère (comme un lecteur vidéo, un générateur de formulaires ou encore des scripts d’interface riche) potentiellement truffés de défauts d’accessibilité, il est crucial d’évaluer en amont leur niveau en la matière. Car leur correction après intégration s’avère souvent complexe et chronophage.

Concernant les vidéos, plutôt que de devoir ajouter de l’audiodescription après leur publication, il est préférable de s’en dispenser dès leur réalisation en intégrant naturellement les éléments visuels porteurs d’informations directement dans le script / la narration. Rendant ainsi inutile ce travail spécifique d’audiodescription.

Il est préférable de prévoir des boutons de mise en pause et de relance des animations (type carrousels) dès la phase de conception UX / UI. Plutôt que de devoir les ajouter et les implémenter en urgence lors du développement.

Plutôt que d’imposer des CAPTCHA, souvent synonymes de barrières infranchissables pour de nombreuses personnes handicapées, il est fortement préférable de privilégier, dès la conception, l’usage de solutions anti-spam invisibles pour les utilisateurs et les utilisatrices.

Pour plus d’informations à ce sujet, se référer par exemple à l’article « Captcha et accessibilité : Les personnes handicapées ne sont pas des robots ! ».

Pour prendre un dernier exemple, baliser à posteriori des documents PDF déjà exportés s’avère bien plus coûteux que de les concevoir nativement accessibles via les logiciels de PAO (comme InDesign).

Pour conclure et en résumé :

  • L’accessibilité numérique ne doit pas se limiter à des actions « pansements » correctives, au risque de faire exploser les budgets.
  • Pour favoriser une prise en compte fluide et pérenne de l’accessibilité numérique, il est impératif de la considérer nativement à chaque étape et tout au long de la vie des projets.

L’accessibilité numérique ne doit pas être considérée comme une étape finale, mais plutôt comme un processus continu, un véritable fil rouge des projets.

1 commentaire

  1. Rachel G , le

    Merci pour ces informations et les cartes (bien reçues), je vais en faire bon usage !

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